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  TENNIS : JOHN MCENROE - IVAN LENDL
 
 
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  Réalisateur Benjamin RASSAT
  Producteur ETHAN PRODUCTIONS
  Durée 42min
  Catégorie Collection
  Genre Documentaire
  Programme co-produit par ARTE France
 
 
  Les grands duels du sport
Ivan Lendl / John McEnroe

Le tennis est mort dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1988. Enfin une certaine forme de tennis : le tennis "joué à la main".

C'était encore le temps ou l'on jouait avec des raquettes à petit tamis, le temps ou les joueurs qui pratiquaient le revers à deux mains était encore l'exception, le temps ou, de part et d'autre du filet, on " dialogait " encore.

Ce tennis là a produit une sorte de parenthèse enchantée, au travers de la rivalité de deux champions que tout a séparé, sur et en dehors du terrain, et que tout continue de séparer encore aujourd'hui.

D'un côté, John McEnroe¿. New-yorkais et fils d'un avocat d'origine Irlandaise. Volleyeur d'exeption. Joueur colérique mais génial. Un météore¿ Patriote, amoureux de la Coupe Davis, marié à Hollywood par Tatum O'Neal. Devenu depuis, galeriste féru d'Art moderne, guitariste rock, présentateur d'un show TV à sa propre gloire, et voix officielle de l'Amérique du tennis. Mais encore et surtout, amoureux fou de son sport. N'est-il pas n°1 mondial du circuit vétéran¿

De l'autre, Ivan Lendl. D'origine tchécoslovaque. Fils unique d'une famille modeste d'Ostrava. Joueur de fond de court. Laborieux, machine à frapper, protégeant hermétiquement sa vie privée. Retiré des meubles depuis la fin de sa carrière. Rrésidant dans le Connecticut pour élever ses 6 enfants (et autant de chiens), vivant discrètement une passion pour le golf, et vouant, une passion exclusive pour un artiste de son pays : le peintre Mucha, dont il détient 99% des affiches.

L'opposition de caractère et de style de jeu entre les deux champions, va accoucher entre 1977 et 1992, d'une saga de 38 matches comme autant d'implosions. Mais c'est avec deux rencontres légendaires, survenues à Roland Garros, que McEnroe et Lendl vont, presque à eux seuls, ouvrir et fermer une page de l'histoire du tennis.

L'acte I se déroule le 3 juin 1984.

McEnroe est numéro 1 mondial. Il compte déjà à son palmarès, 5 titres du Grand Chelem. Cette année là, il est l'auteur en de la plus grande saison de l'histoire du jeu : 82 victoires pour 3 défaites. Il est en passe d'atteindre son rêve : gagner Roland Garros et dans la foulée, réaliser le Grand Chelem (gagner la même année, les 4 tournois majeurs).

Son parcours est impeccable. Invaincu depuis 6 mois, il arrive en finale des Internationaux de France, en n'ayant jamais passé plus d'une heure et demi sur le court.

En face, Ivan Lendl. Le Tchécoslovaque ne parvient toujours pas à se défaire d'une étiquette de loser, craquant sous la pression, incapable de glaner un titre de Grand Chelem depuis sa première finale, perdue en 81 face à Borg.

Il n'y a théoriquement pas de match tant McEnroe domine le tennis mondial. En moins d'une heure de jeu, il mène d'ailleurs 2 sets zéro.

Le reste appartient à la légende.

Un photographe qui fait du bruit pendant un échange et c'est McEnroe qui explose et qui part tout droit insulter toute la tribune de presse. En un déclic, le match vient de basculer. La magie McEnroe s'interrompt net. Lendl, soudainement soutenu par le public, se remet dans la partie et remporte après 4 heures de jeu, son premier titre majeur.

De simple finale, le McEnroe-Lendl de 1984 va devenir un match mythique, objet de tous les fantasmes. Et qui 20 ans plus tard, déroule toujours ce scénario en forme de cliché dont même John McEnroe se fait le rapporteur malheureux dans une autobiographie récemment publiée.

Un mythe sublime, s'il n'était pas¿ complètement erroné. Et s'il ne révélait pas la façon dont la légende s'est justement fabriquée tout au long de deux décennies de maquillage volontaire ou non.

Le récit qui s'est construit arrange tous les amnésiques du jeu. McEnroe compris, parce qu'il efface le mérite d'un vainqueur moins talentueux, contraint de rester tapis dans l'ombre du génie. Comme si pour l'histoire officielle, ce ne pouvait pas être Lendl qui avait gagné ce match-là, mais McEnroe qui l'avait perdu tout seul.

Or la vérité que va révéler les images et les quelques témoins exclusifs, c'est que la domination de McEnroe était moins nette qu'on a bien voulu le dire. Il menait certes deux sets à rien, mais, contrairement à la légende, il n'a jamais eu de break au 3ème set, ni même jamais mené au score lors de cette fameuse 3ème manche.

Il a, à l'occasion de l'incident avec les photographes, révélé la limite physique qu'il venait d'atteindre. Embarqué dans des échanges d'une cadence effrénée par un intraitable Ivan Lendl qui a deviné le manque de résistance de son adversaire, assommé par une étonnante canicule de printemps. La finale 84 s'avère vite comme la chronique d'une mort somme toute annonçable.

Masquant qui plus est, des changements bien plus importants dans l'histoire et l'organisation du Tennis. C'est en effet au sortir de ce match que s'enclenche la première révolution du jeu.

Révolution qui a affecté tout d'abord le matériel. Les raquettes en matériau synthétique, le moyen tamis, accélèrent considérablement la vitesse des échanges.

Révolution de la préparation physique qui a conduit un Lendl, jusque là fragile (et pour l'anecdote, vomissant pendant la remise du trophée 84), à changer radicalement son régime alimentaire, à appliquer les premières séances de stretching, à professionnaliser son entourage (kiné, physiothérapeute, sophrologue).

Révolution du marketing vestimentaire qui produit son premier duel entre les produits griffés Adidas (Lendl) et Nike (McEnroe).

Révolution de palais enfin. En moins de 3 ans, Lendl devient le patron incontesté du tennis mondial. Avec des statistiques inouïes : huit tournois du Grand Chelem, neuf finales successives à l'US Open, 157 semaines à la tête de l'ATP, 15 victoires en une saison et un record d'invincibilité de 44 matches consécutifs.

L'ascension du Tchécoslovaque pousse McEnroe vers la sortie. Orgueilleux, l'Américain écoeuré, anticipe même la date de sa retraite, quittant le monde du tennis à la fin 86. Hollywood, la passion du rock, une jeunesse qu'il n'a jamais vécue, l'éloignent des courts l'espace d'une année. Sonnant l'heure de l'autocritique quant à son approche du jeu et surtout du public.

L'acte II se déroule le 31 juin 1988.

Jeune père de famille assagi, revenu sur le circuit pour le plus grand plaisir de fans enfin en phase, McEnroe retrouve le meilleur de son jeu lors des trois premiers tours de Roland Garros, où il rosse au passage le tout jeune Michael Chang. Les avatars du tirage au sort l'amènent à rencontrer Ivan Lendl dès les 1/8 de finale.

Quatre ans après, les rôles sont inversés. McEnroe est un come-backer un peu rêveur. Lendl un invincible double tenant du titre, vainqueur incontesté de la saison sur terre battue.

La météo s'inverse également. La canicule de 84 laisse place à une pluie crépusculaire qui retarde l'entame des hostilités. Quand après 48 heures de précipitations, les organisateurs décident de faire démarrer la partie¿sous l'eau, ils ne savent pas qu'ils viennent de créer les conditions de jeu idéales pour parachever la révolution entamée 4 ans avant.

En à peine deux sets et demi joués sous un camaïeu anthracite, McEnroe et Lendl vont offrir 2h58 de requiem au tennis, d'échanges de balles conçus comme une dialectique continuellement renouvelée, entrecoupés ici et là de fulgurances géniales. Le match finira par être interrompu par la nuit. Il reprendra le lendemain, et pour l'anecdote, Lendl l'emportera encore¿

Mais dans cette nuit illuminée, c'est encore une fois le train des réformes qui en coulisses, va passer. S'appuyant sur tout ce que ce match va avoir d'explosif, d'incongru, de houleux, et de définitivement inacceptable, les lois du jeu des années 90 et 2000 vont s'écrire à la bougie et sonner la fin de l'amateurisme des organisateurs, la fin de l'amateurisme des arbitres, la fin de l'amateurisme des sponsors, la fin des petits et moyens tamis, bref la fin d'un tennis à dimension humaine.

Quand l'aube revient, les anciens critères du jeu (intelligence tactique, précision du placement, utilisation des effets, centrage de la balle, dramatisation des temps morts), n'ont plus court.

En s'affrontant si prématurément, McEnroe et Lendl se sont mutuellement assommés, emportant avec eux le secret de leur tennis alchimique. McEnroe ne gagnera pas Roland Garros. Lendl, lui ne le remportera jamais plus. Un ange est passé.

C'est que sur le court d'à côté, un jeune américain atteint sa première demi-finale de Grand Chelem. Il a 18 ans. Il emmène dans son sillage la première génération exclusivement éduquée au grand tamis. L'ère d'Andre Agassi et de ses frères, est en route.

En moins de 3 ans, elle va produire sur le dos même des McEnroe et autres Lendl, une irrémédiable révolution technique, tactique et commerciale.

Le petit Michael Chang rossé en 88 par McEnroe, c'est celui qui avec son gros tamis, son grip allongé et son revers de couvreur, va ridiculiser Lendl un an plus tard, le faisant chuter au sens propre comme au sens figuré, en lui infligeant un dernier jeu d'attaques de revers décroisés sur son coup droit ! L'arme fatale du Tchèque. C'est ce même Michael Chang qui deviendra à 17 ans le vainqueur le plus précoce de Roland Garros.

Le jeune Sampras ridiculisé au premier tour de l'US Open 88, va deux ans plus tard, sortir sans coup férir Lendl en quart de finale, puis McEnroe en demie, avant de remporter en 3 sets secs son premier titre à 20 ans.

Sampras, qui a préparé le tournoi chez Lendl (à l'invitation de ce dernier), met fin à la série de neuf finales d'Ivan le Terrible, avant de s'attirer ce commentaire élogieux de McEnroe, défait en 4 sets : " J'avais l'impression de me voir dans un miroir. En mieux ".

Enfin l'intrépide Agassi qui en 88, prend 6/0 au 5ème set contre Wilander, va clore l'affaire en 1992, en mettant tout le monde à la porte, remportant Wimbledon du fond du court, après avoir infligé à un McEnroe dégoûté, sa plus sévère défaite sur le gazon londonien.

C'est également Agassi qui va faire rentrer le tennis dans l'ère du marketing équipementier. Du tennis en 3 coups, les deux pieds posés sur la ligne de fond. Du tennis qui se joue de face et les deux pieds en l'air¿

Pour résumer un tennis qui ne se joue plus " à la main " mais " à la raquette ".

Fort de témoignages exclusifs d'anciens champions (Noah, Wilander, Dominguez, Vilas, Korda, Leconte, Barthes), de journalistes incontournables (Bouin, Evans, Schneider) et d'organisateurs impliqués dans le train des révolutions survenues entre 84 et 88 (Dorfman, Kaufman, Karlberg, Fougère), le duel McEnroe / Lendl révèle surtout l'histoire secrète du Tennis. Les guerres claniques pour le contrôle de son organisation et le polissage qui a conduit aujourd'hui, 20 ans plus tard, tous les régulateurs du jeu, Agassi en tête, à faire machine arrière, pour réhumaniser ce sport.

Pendant ce temps-là, McEnroe continue de hurler sur les courts du circuit vétéran à la grande joie de fans toujours de plus en plus nombreux, et nostalgique d'un jeu d'une autre époque.

Lendl lui, fidèle à sa légende, vit plus que jamais caché¿

Benjamin Rassat